Traductions litteraires de l`albanais en français par Anila Xhekaliu, redacté par Arlette Péronne. 
Choisit du recueil des proses : "Les fantômes d'une époque embêtée" de l`auteur Arben Orhani

 

Les pierres

Sisyphe était convaincu qu'ils n'avaient pas raison, voire, qu'ils n'avaient jamais eu raison. A chaque instant, il se rappelait le visage de celui qui était venu lui apporter l'annonce, ou mieux, l'ordre, et il venait de lui tourner le dos ; il sourit ironiquement. Même Sisyphe qui attendait tout d'eux, mima le marieur en lui faisant une tête de six pieds de long et en se déformant de telle façon, qu'il t'intimidait plus qu'il ne te faisait rire. Puis il saisit avec force la pierre et commença à la faire rouler vers le sommet. Cela lui paraissait impossible, même folie de l'emporter jusque là, mais il baissa la tête et, haletant, continua sa route. Il l'avait faite tant de fois cette route qu'il oubliait pourquoi il fallait emporter cette pierre jusque là. Voulait-il se divertir avec elle, au début, et puis, peut-être, a-t-il continué à le faire, comme un sot ? Mais si le marieur avait menti ? Il laissa la pierre au sommet de la montagne et s'arrêta pour se reposer un instant en la regardant. Il avait arrondi la pierre, puisqu'ainsi c'était plus facile à la faire rouler. Il attendait que la pierre fasse un saut en bas, comme d'habitude, mais elle ne bougeait pas. Il ne comprenait rien à ce qui se produisait. Il y avait bien du temps que cette pierre là l'accompagnait et faisait du bruit avec lui : il lui parlait, il la frappait, il la grondait, il lui pissait dessus, et même si fort qu'elle en était devenue jaune et, déjà, elle s'était faite muette comme une tombe. Peut-être que c'était une tombe, mais il attendait qu'elle le mène là où il fallait. Il attendit un peu et de lui-même partit en sifflant par l'escarpement. Lorsqu'il arriva au pied de la montagne, le marieur, qui le ridiculisait, se trouvait devant lui. Sans rien lui dire, il montra du doigt une autre pierre, encore plus grande, qui l'attendait plus loin. Sisyphe s'irrita, prit le marieur par la gorge et lui cria dessus, avec toute la force de ses poumons, face à face, le parsemant de crachats : «Qu'ils viennent eux-même me l'ordonner, s'ils l'osent !

Le marieur s'intimida et s'en alla, chancelant sur ses jambes. Sisyphe demeura tout seul à côté de la nouvelle pierre, qui resta près de lui. Celle-là était trop lisse et exactement comme une sphère, pour ne pas avoir été taillée par un graveur.

« C'est sûr, ce sont eux qui l'ont faite » pensa-t-il, et il cracha par terre de dégout, « mais même mon temps viendra ! ».

Il s'est approché et mit la main à la pâte. Il commença à la pousser vers le sommet, où gisait l'autre pierre. Lorsqu'il arriva au sommet, il s'attendait à trouver là n'importe quel marieur qui lui ordonnerait de faire n'importe quelle autre chose, encore plus idiote. Mais là, se trouvait seulement la vieille pierre, silencieuse comme une tombe. Il observa tout autour de lui. Tout à coup il entendit un grand bruit : la pierre qu'il venait de monter glissait sur la route, et il semblait qu'elle partait pour  longtemps, peut-être pour toujours. Il soupira lentement et partit derrière la pierre.

Il continua ainsi longtemps, espérant qu'un jour il mènerait la pierre au lieu voulu, sur quelque tombe, où qui sait qui gisait là. Il l'avait installée partout au sommet de la montagne, et chaque fois, il se lançait furieusement du pied de la montagne. Une fois il frappa la pierre à bras raccourcis et se mit en quatre, comme pour se couper. Sisyphe, figé, écarquillât les yeux à l'intérieur de lui-même. De là sortit quelqu'un, il se redressa et commença à bailler. Il sourit à Sisyphe poliment et commença à faire des gestes anormaux.

« C'est un imbécile ! » pensa-t-il. Mille fois j'ai monté un fou au sommet de la montagne. Mais que puis-je lui faire ? Soudain son visage brilla.

   Je le sauverai ! cria-t-il fort.

L'imbécile le regarda étonné. Sisyphe le fixa froidement pendant quelques instants. Tous les deux étaient figés. Sisyphe se jeta à la gorge de l'homme et il commença à le saisir avec ses mains, très fort. L'homme ne fit aucune résistance et rendit l'âme à l'instant. Il le fourra ensuite dans la pierre et commença à le monter en haut. Lorsqu'il arriva au sommet, il sortit l'homme mort et commença à remuer la terre comme un enragé. Il jeta le cadavre dans le creux et plaça la pierre à sa tête. Il attendit encore quelques instants : perfection, la pierre ne bougea pas.

Il s'assit pour se reposer un peu ; c'était la première fois depuis bien longtemps. Les deux pierres étaient côte à côte. La vieille paraissait ne plus entrer dans le fond de la terre. Il ne s'était jamais questionné pour savoir qui pouvait bien être enterré là. Un autre fou peut-être, ou un autre marieur, qui sait. Il voulait la quitter le plus vite possible, mais il était très curieux. Il se dirigea vers la vieille pierre. Il savait que tout pouvait recommencer depuis le début, et cette fois-ci éternellement, mais il la saisit fort et la monta en l'air, puis il la jeta dans l'escarpement. La pierre s'élança dans un roulement fou, avec un bruit assourdissant. Il remua la terre autour, mais il ne trouva ni cadavre ni aucun squelette. Il remua la terre plus en profondeur, pour vérifier, mais rien du tout. La pierre, déjà, était arrivée au pied de la montagne. Il la fixa avec méfiance et fronça les sourcils comme autrefois, comme il faisait avec sa femme (ex-femme). Il rit aux éclats et partit vers le bas. Toute la montagne a grondé d'un hurlement qui paraissait comme le heurt de pierres dans un gosier recouvert de poussière.




Fragrance sacrifiée

Le vieux passe une haie vive, clôturée avec attention, quoique non haute, et il entre dans un beau jardin, plein de fruits augurés, qui semblent ne pas avoir été récoltés depuis quelques temps. Il attend de voir quelqu'un, gardiens ou autres, à qui il peut demander de manger un peu de ces fruits. Il s'appuie derrière un tronc et il attend. Il avait entendu une fois que les gardiens sont très patients, qu'ils se cachent et attendent jusqu'à ce que les voleurs touchent quelque chose avec leurs mains, si ça n'arrive pas, ils n'apparaissent jamais, mais ils restent cachés.

Il pense attendre, mais il y a longtemps qu'il crève de faim et il voit trouble. Il regarde les arbres pleins de fruits juteux, et il s'avance vers un petit arbre. Il s'approche en attendant que quelqu'un hurle pendant qu'il tend la main. Il prend le fruit et le tient dans ses mains sans le cueillir, Il le porte ainsi pendant longtemps, mais personne ne donne signe de vie, alors que la faim commence à le tordre. Tout à coup, il s'aperçoit que tous les fruits sont véreux, tout comme le fruit dans sa main. Il décide de baiser la main fatiguée et le fruit ensemble, mais il entend un voix sourde qui semble sortir de sa nuque fort saisie. Un serpent bariolé de belles couleurs apparaît derrière l'arbre et lui dit : « Si tu le manges, tu vas mourir ! ». Le vieux se force à sourire, un peu apeuré, baisse la main vide, les yeux fixés, fibreux, vers la haie, et se couche par terre avec un regard triste, pensant aux choses qu'il avait écouté avant de la sauter.

 



Rêves et monstres

…. boum ! J'ouvre les yeux. Je ne me rappelle de rien. Je marche et j'écoute. Attend ! Des appels au secours et des hurlements de loups à la gorge rauque et aux yeux altérés de sang. J'hésite et je jette les yeux autour, mais un brouillard épais qui envahit le lieu m'empêche de voir très loin. J'essaie de surmonter ma peur et j'avance. Chaque pas que je fais retentit dans la brume. Je sens qu'à travers elle deux yeux finauds m'observent insolemment, me serrant de près. Soudain, quelque chose de géant, comme un monstre, qui tendait les mains vers moi, et que j'ai vu un bref instant à cause d'un éclair de la foudre, s'apprêta à me saisir ou bien, peut-être, allait-il tomber et me demandait-il de se retenir à moi, parce que j'ai senti derrière mes bras un corps qui venait de s'écrouler bruyamment, mais je me sauvais en courant. Quand je m'arrête je me trouve devant l'entrée de la grotte qui coupe la montagne et j'entre dedans, espérant que là je trouverai quelque chose de mieux, mais je regarde seulement des os et des crânes d'hommes répandus sans ordre, blanchis, comme léchés par une langue épaisse et âpre. Dans un coin vers le fond, demeure une grande épée appuyée avec soin. Dans son tranchant, comme gravé avec des ongles, je lis les noms des vieux belliqueux, qui me semblaient connus, voire des proches. Je me jure une chose que je comprends assez bien et je prends dans mes mains l'épée …

Je suis réveillé par quelques voix inquiètes en bas de ma fenêtre. Des hommes discutaient à haute voix. Je leur demande pourquoi ils troublent mon sommeil, mais ils montrent du doigt le bas de ma fenêtre, où demeure appuyé, avec soin, un grand sabre maquillé de sang, dont l'odeur arrive jusqu'à mon nez. Là-bas commencent des traces de sang qui vont vers le bois tout près. Habillé encore comme dans mon sommeil, je suis les traces, en surpassant ma peur, ainsi que les gens qui me suivent. Je flaire les traces. Adossé à un très grand pin je vois un monstre, qui ressemble beaucoup à l'animal qui m'a suivi en rêve, massacré farouchement d'une haine craintive. Après que les gens se soient éparpillés, terrifiés à sa vue, je m'approchais de lui et le surveillais avec attention. Je m'acharnais inutilement à me rappeler quelques bagarres pendant mon sommeil, mais j'étais sûr que le seul adversaire de la nuit avait été l'oreiller. Tout à coup, je me cogne de la paume plusieurs fois le front, dès que je pensais à l'affrontement des gens, à leur curiosité et leurs questions douteuses comme comment je pourrai trouver la route vers le fauve, quoiqu'il ne me paraît plus aussi insolite de faire une telle chose, surtout après une nuit où tu as été poursuivi par des monstres dans tes rêves.

 



Les jours de la terreur

(Chaque année, les singes effectuent le même rituel cruel envers le Père Noël. Dès qu'il vient vers eux, habillé en rouge, riant, un sac plein de jouets pour eux, ils le saisissent et le déshabillent, se léchant les lèvres de luxure. Puis, deux d'entre eux le saisissent fort, tandis que les autres le violent en lâchant des cris de triomphe. Ils le violent trois cent soixante cinq jours, sans s'arrêter un seul instant, jusqu'à ce qu'il vieillisse, puis ils l'échangent avec son fils, dont ils pensent qu'il vient sauver son père. C'est ce qu'ils font éternellement, tandis que leur création apparaît d'habitude dans une prairie, en mangeant la pluie du cœur des lionnes. Pendant qu'ils lèvent des mains saignantes vers les points de la pluie, ils hurlent aux visages des lions, clos dans les cages en fer, et ils agitent, satisfaits, leurs nattes qui ressemblent à des bémols. Leurs cris déchirent même la couche d'ozone, en l'abimant, d'ailleurs ils font mourir les corbeaux autour.)

La vie est belle, mais seulement pour ceux qui savent qu'ils vont mourir.

 



La dernière cajolerie

Quand je t'ai trouvée on t'avait liée sur un arbre solitaire au milieu du gazon. Tu n'as pas pu me distinguer parce que tu t'essoufflais la tête en bas, et tu regardais les fils de fer barbelés qui te serraient fort le corps. Ils étaient partis depuis peu. Quand tu as levé la tête, tu as souri et tu t'es réjouis comme toujours. Tous ceux qui passaient par là devaient te gifler au visage puis continuer leur route sans se retourner. Je ne sais pas comment c'est arrivé, mais même moi je t'ai giflée, et même fort. Je voulais que tu me vois comme les autres : avec de la haine sans fin, en rongeant mon frein. J'avais peur seulement que tu baisses la tête, mais tu ne l'as pas fait. Froide, tu as jeté les yeux vers un passant qui a lu l'annonce et qui s'est approché. Même sa gifle, tu l'as attendue, froide, sans la voir. Tu as regardé encore une fois ma main, qui était restée ouverte, après, tu as fixé le vide, sans bouger, comme si moi, je n'existais pas.

 



Fin terrible

Il bougeait en glissant sur les pieds des gens qui marchaient dans la rue. Au début j'ai senti du regret. Il paraissait demander l'indulgence de quelqu'un avec son air comme un sourire léger et ses yeux froids et un tout petit peu mouillés. Il bougeait de plus en plus vite, comme pour m'effacer de sa vue. J'ai pensé le prendre dans mes bras pour le caresser et lui dire des mots gentils, lesquels, j'étais sûr qu'il ne les comprenait pas, pourtant je voulais vraiment les lui dire. Je me suis approché de lui lentement, mais il a commencé à glisser en hâte de mon corps, essayant de me quitter. J'essayais de le porter avec mes ongles. J'effaçais mon sourire et je l'ai regardé avec aigreur. Il s'arrêta, me fixa avec ses yeux froids sans forme, et commença à m'approcher en s'agrandissant et se déformant. J'eus une grande envie de le mordre et de l'avaler ; après peu de temps, je l'aurais digéré et ses débris je les aurais expulsés. Il n'aurait plus aucune sorte d'âme à avoir. Il continuait à m'approcher lentement, tandis que j'étais frappé de peur. J'unis mes yeux aux siens et il ouvrit grand ce qui devait être une bouche. Il l'ouvre si fort qu'il continua à m'avaler tout entier, lentement, et avec une sorte de bruit salis de bave qui m'écœura. Je ne comprenais pas comment je me trouvais au milieu de cette chose grise, douce, glissante, qui me mâchait sans bruit. J'eus froid au milieu de ce liquide qui commença à me racler. Pendant un instant il semblait qu'il me vomissait, mais non ; je continuais à glisser de toutes parts, sans pouvoir me retenir nulle part, par sa bave salie. Il fallait faire à coup sûr quelque chose, sinon je m'évanouissais. Je continuais à faire des efforts et à me tordre de toutes mes forces, pour frapper et déchirer la saleté. Je n'avais où me tenir et je glissais sans relâche, pourtant j'ai continué ainsi jusqu'à ce que mes forces s'épuisent.  

 



L'ombre

Moi, je marche avec beaucoup d'attention dans les rues de la ville. Doué, je m'écarte heureusement à droite et à gauche, pour que les nombreuses personnes, qui ne sont pas attentives, quand elles marchent tête en l'air, ne piétinent pas mon ombre. Ces derniers temps elle s'est faite longue et indolente. Il peut lui arriver de nombreuses choses dans les rues, surtout les rues les plus étroites, où péniblement se croisent deux ombres. Chaque fois qu'on la piétine, je sens une douleur terrible, comme si on me piétinait moi-même. C'est de la faute aux lampadaires, sur le côté des rues, qui la multiplient si bien que j'en ai le vertige. En effet, avec ma vraie ombre, je me sentais encore pire ;   celle que j'utilise n'est pas mon ombre. La vérité c'est que je l'ai prise à un mort, tandis que la mienne je l'ai cachée dans une de mes tombes, lesquelles seulement moi les connais et ni même à ma vraie ombre je ne les ai montrées : quand je remuais la terre, je l'avais endormie chez moi et je m'en était allé furtivement. C'était une nuit sans lune et je ne crois pas qu'on m'ait vu, parce que, si un ignoble m'avait surveillé pendant que je finissais : jusqu'à la fin de ma vie je ne pourrais plus échanger encore mon ombre. Il me l'aurait volée et je ne serai pas le premier à qui cela arriverait. Quelqu'un que l'on avait regardé cacher son ombre, avait été volé, et on la lui avait déchirée avec les ongles, puis on la lui avait lancée devant la porte de sa maison. Quand le maitre regarda son ombre déchirée cruellement, il mourut subitement de douleur. Je veux échanger sans faute mon ombre avant de mourir, je veux être enterré avec ma vraie ombre. Je vais la lier ou la coller très fort à mon corps, pour qu'on ne me la prenne pas. La seule chose que je souhaite c'est que je puisse faire l'échange avant de mourir, donc, que je comprenne quand la mort arrivera, une chose un peu difficile, mais pas impossible, parce que, à la fin, je me maîtrise.  Après avoir bien lié l'ombre avec mon corps, je prierai les autres de bien me clouer à mon cercueil, pour être plus sûr. On essayera peut-être de la détacher de moi, après avoir ouvert le cercueil, mais, tout au plus, on pourra détacher seulement un morceau sans importance, et on prendra après, comme une malédiction, la mauvaise odeur de mon cadavre. Moi même, quand j'ai fait ça, j'avais acheté l'ombre à cet homme pendant qu'il était en vie, c'est pourquoi je l'ai toute prise, il ne l'avait pas liée ou collée à lui. Quand j'ai ouvert le cercueil, son ombre lambinait là, embêtée. Dès qu'elle me vit, elle me talonna fougueusement, sans encore enlever mon ombre, laquelle, quoique somnolente, put me trouver.

J'ai senti du regret, parce que c'était la dernière nuit avec elle de mon vivant, mais je ne pouvais faire autrement : avec l'ombre du mort, je sentais moins de douleur.

Déjà je vis tranquille, quoique la nouvelle ombre me va un peu grande, mais ça n'a pas grande importance, parce que je vais m'y habituer avec le temps. Elle me va un peu grande à la tête, par exemple : les creux des yeux me vont aux oreilles et sa bouche va à mon gosier ; quand je mâche on dirait que je m'égosille, mais ce sont des choses sans importance pour moi. Le seul vice irrémédiable c'est qu'elle rit beaucoup, presque toujours elle se tord de rire. Peut-être le mort avait été un clown ou un imbécile. Elle rit avec un hi-hi-hi prolongé, mais cela me plait uniquement quand je suis de bonne humeur. Quelque fois elle se réveille à minuit et me fait me lever impétueusement de rire. Moi, comme type, je suis très sérieux et je regrette ma vraie ombre, qui souffre fermée là-bas, dans le cercueil de quelqu'un qui ne la mérite pas. J'espère qu'il ne l'importune pas trop, jusqu'à ce que j'aille la reprendre. Pour le moment je me sens bien, pourtant j'ai préparé ma tombe. En vérité, ce sont quelques unes, sur lesquelles j'écrirai mon nom, de manière à ce qu'ils ne trouvent pas ma tombe pour voler ma vraie ombre. Dans les tombes, je poserai d'autres gens, après les avoir massacrer, pour ne pas être reconnu, mais je ne toucherai pas les ombres. Je tuerai des gens qui, si possible, ont des ombres indolentes, qui se trainent, ce qui fait qu'elles peuvent s'accrocher facilement. Ils penseront que c'est ma vraie ombre, et ils s'éloigneront, l'esprit rassis, tandis que moi, je me prélasserai, calme, avec mon ombre, dans quelques coins perdus de cette planète. Je souhaite seulement que l'ombre, dont j'use maintenant, ne tombe pas amoureuse de moi, et qu'elle n'ait pas envie de venir chez moi, parce qu'elle découvrirait ma vraie tombe (les ombres ne trichent pas facilement comme les gens) et elle se querellerait avec mon ombre. En faisant un grand bruit, qui, à coup sûr, éveillerait l'attention de quelqu'un : il y a bien des gens qui errent la nuit dans les cimetières.